mercredi 31 août 2016

LE FILM DE MON HISTOIRE

L'histoire de mes familles acadiennes commence du côté maternel dans le Poitou en France, d'où sont partis mes ancêtres Poirier pour venir s'établir en Acadie, en 1604, à Beaubassin. Quant à mes ancêtres paternels, les Turbide, ils étaient descendants de pêcheurs basques et bien avant de venir s'établir en Acadie, à Port Royal plus précisément, ils venaient pêcher le long des côtes des provinces maritimes et sur la Côte-Nord québécoise. 

À partir de 1755, il y a eu la Déportation des Acadiens sur une période d'à peu près 7-8 ans et tous mes ancêtres se sont retrouvés après quelques années d'errance aux Îles Saint-Pierre et Miquelon, petit coin de France en Amérique, mais qui, à l'époque, passait aux mains des Anglais et des Français, selon les conflits armés gagnés ou perdus. 

Un jour, je vous raconterai l'histoire incroyable d'une femme, Anne Boudreau (ou Anne Boudrot selon certains documents officiels de l'époque) qui a marqué mon destin puisqu'elle se retrouve, à partir de 1790, à faire partie de tous mes arbres généalogiques. Après un peu de recherche, et par un coup de chance fabuleux, j'ai obtenu la preuve de ce que mon intuition m'avait fait soupçonner. 

En 1793, se sentant pris au piège par une flotte anglaise qui avait encerclé les Îles Saint-Pierre et Miquelon, tous mes ancêtres qui faisaient partie d'un groupe de plus de 200 hommes, femmes et enfants, ont fui, en pleine nuit, dans des goélettes qui pouvaient encore naviguer, pour échapper à cette menace qui planait et aller s'établir aux Îles de la Madeleine. Ils étaient pacifiques mais ils refusaient de se soumettre à la domination anglaise ainsi qu'à une autre religion que la leur.

Depuis 1793 qu'on est Madelinots et Madeliniennes... 

L'histoire de l'archipel madelinot et de ses habitants est fascinante, toute faite de courage, de foi, de solidarité, d'entraide, de résilience et d'espérance. Tout au long de cette histoire, et parce qu'on est des insulaires, on a dû faire face à plusieurs problématiques, entre autres la surpopulation de l'archipel, l'isolement, les moyens de transport et de communication avec la grande Terre qui étaient difficiles en toutes saisons et tout ce qu'on peut imaginer de particulier au fait de vivre sur des îles en plein golfe Saint-Laurent. 

Ainsi, au XIXe Siècle, plusieurs contingents madelinots sont partis des Îles pour aller fonder plusieurs villages sur la Côte-Nord. Ils ont été suivis par d'autres contingents partis s'établir au Nouveau-Brunswick et puis dans le comté de Matapédia, au Québec. Au XXe Siècle, un autre contingent madelinot est allé s'établir à Lac-au-Saumon, suivi d'un autre dans la grande région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Et c'est sans compter tous les Madelinots qui partaient simplement aux études ou pour aller en rejoindre d'autres de leurs proches déjà installés à Québec, par exemple, ou encore à Verdun, près de Montréal. 

Le dernier contingent parti des Îles pour aller s'établir ailleurs fut celui de l'Abitibi. En fait, ce sont plutôt deux contingents : celui de 1941 comprenait 102 Madelinots qui partaient des Îles sans espoir de retour pour aller s'établir à l'Île Nepawa. L'année suivante, 104 Madelinots allaient les rejoindre et s'établissaient à quelques kilomètres des premiers, à Sainte-Anne de Roquemaure. Mon père était du premier contingent et ma mère, du deuxième. On était en pleine Deuxième Guerre Mondiale. 

LE FILM DE MON HISTOIRE


Cette photo d'archives a été prise à la gare de Québec, en 1941, où les Madelinots étaient de passage, en provenance des Îles de la Madeleine, qu'ils avaient quitté en bateau jusqu'à Pictou, en Nouvelle-Écosse, avant de poursuivre le voyage par train jusqu'à Québec.

Quand j'avais mis la main un jour sur cette photo, mon père était décédé, et j'avais eu une grande vague d'émotion quand je l'avais tout de suite reconnu, à 13 ans, juste à côté de son cousin et meilleur ami, Évé, du même âge exactement. Deux frères de coeur qui n'allaient jamais se quitter, qui ont vécu tant de choses ensemble. Leurs visages et leurs expressions correspondaient en tout point à ce que mon père m'avait raconté de ce voyage qui les avait déracinés et amenés en pays neuf. J'aurais tellement voulu montrer cette photo à Papa qui n'a jamais su qu'elle existait.



1941, port de Pictou, Nouvelle-Écosse, sur le SS Lovat. Des Madelinots en route pour l'Île Nepawa.


De Pictou, ils prenaient un autre train pour se rendre jusqu'à La Sarre, en Abitibi. Ils se rendaient avec des chevaux jusqu'au lac Abitibi. Avant la construction du pont de l'Île Nepawa, ils s'embarquaient sur un chaland pour se rendre jusqu'à l'île qui deviendrait leur nouvelle patrie.


1941, lac Abitibi. Des Madelinots, après un long voyage, vont s'installer à l'Île Nepawa.  





En 1942, ce sont 104 Madelinots qui quittaient les Îles de la Madeleine pour s'en venir en Abitibi. Cette photo d'archives montre « la goélette à Clopha » sur laquelle s'étaient embarqués la plupart d'entre eux. 


Août 1942, une partie des Madelinots embarqués sur la goélette à Clopha. J'y reconnais ma mère, avec son béret et le bout de son nez qui dépasse, cachée en partie derrière une grande fille de laquelle elle se sentait proche. J'y reconnais aussi de mes oncles, tantes, leurs cousins et cousines, qui étaient à l'époque des enfants ou de jeunes adolescents pour la plupart. Ma mère avait 10 ans et elle avait toujours rêvé de prendre un jour un de ces gros bateaux qu'elle voyait passer au large et qui ne revenaient pas. 


Août 1942. Même jour, à quelques minutes d'intervalle. 


Réplique du SS Lovat que j'ai photographiée en 2008 au Musée de la mer, à Havre Aubert, aux Îles de la Madeleine. Les enfants qui étaient en âge de voyager seuls, les jeunes adolescents et quelques hommes responsables voyageaient à bord de la goélette à Clopha mais il y avait quelques places disponibles avec des cabines pour quelques exceptions qui ont fait le voyage à bord du SS Lovat, ce qui était le cas pour ma grand-mère maternelle, enceinte de 8 1/2 mois, mon grand-père maternel qui devait transporter son vieux père dans ses bras puisqu'il était incapable de marcher. Ils avaient aussi avec eux quatre de leurs six enfants trop jeunes pour embarquer sur la goélette à Clopha. Autrement dit, de sa famille, seulement ma mère et son petit frère de 8 ans ont fait le voyage sans leurs parents. 


Sur cette photo d'archives qui a été prise à quelques heures du grand départ des Îles, on peut voir ma grand-mère maternelle, enceinte de 8 1/2 mois même si ça ne paraît pas, mon grand-père avec son petit dernier dans ses bras, son père, donc mon arrière grand-père assis sur une chaise parce qu'il était incapable de marcher, et trois de ses petits-enfants qui l'entourent. Seuls ma mère et son petit frère Edwin ne sont pas sur cette photo, ils étaient partis courir dans les buttes une dernière fois... 

Îles de la Madeleine, juin 2008

En voyage aux Îles en solitaire, à la fin de juin 2008, partie faire le deuil de mon père trois ans après son décès et voulant me rapprocher de tout ce qui me rappelait cet homme que j'ai tant aimé et qui me manquait beaucoup, j'ai vécu tant de retrouvailles et de moments heureux là-bas que j'ai eu l'impression d'y avoir vécu tout un été. Par une journée de grisaille, j'ai été faire une visite au Musée de la mer pour essayer d'y trouver des traces de cette histoire du dernier contingent madelinot parti des Îles pour l'Abitibi et ainsi pouvoir documenter davantage mon histoire de famille. 

J'avais discuté longuement avec le directeur du Musée, un homme passionné et passionnant, avec lequel j'avais eu plusieurs réponses à mes questions. Quand j'ai voulu savoir ce qu'ils avaient dans leurs archives à propos des deux contingents qui concernaient mes parents et mes quatre grands-parents, j'ai appris avec stupeur que si tous les autres contingents d'avant étaient plus ou moins bien documentés, il n'y avait absolument rien à propos des deux contingents de l'Abitibi. Rien du tout. Pas la moindre trace de notre histoire ne subsistait officiellement aux Îles. 

Devant mon étonnement et ma stupéfaction, le directeur m'avait lancé une invitation : « C'est parce que c'est toi qui dois l'écrire et la documenter, c'est ton histoire! ». J'avais pris son invitation comme une mission dont j'étais la seule à pouvoir m'acquitter, un devoir de mémoire dont je me sentais responsable, au nom de tous les miens. Je lui ai fait la promesse que j'allais revenir aux Îles et que la prochaine fois, je n'arriverais pas les mains vides. 


Fin juin 2012, je reviens aux Îles de la Madeleine, cette fois en compagnie de mon mari, de mon frère Jocelyn et ma belle-soeur Guylaine. Depuis des mois que je corresponds avec le directeur du Musée de la mer. Ce jour-là, il m'attend, j'ai rendez-vous avec lui et avec mon histoire. Il sait que je viens livrer la marchandise et remplir ma promesse faite quatre ans plus tôt, à son invitation. 


Le directeur me reçoit et je dépose aux archives du Musée de la mer tout ce que j'ai de documents audio, entre autres les entretiens que j'ai eus avec ma grand-mère maternelle lorsque j'ai fait sa biographie en édition limitée, quelques mois avant son décès, en 1993. J'apporte aussi des photos, des documents de toutes sortes glanés ici et là, chez des Madelinots en Abitibi, tant à l'Île Nepawa qu'à Roquemaure et tout ce qui est pertinent à notre histoire qui, à partir de là, allait être au moins un peu documentée. C'était mon héritage et je n'avais pas le droit de le garder pour moi toute seule. 

Deux ans plus tard, Céline Lafrance et Sylvio Bénard, deux Madelinots, sont tombés en amour avec notre histoire et ils ont décidé de s'y investir corps et âme pour en faire un film documentaire qui sera suivi d'un livre à paraître à l'été 2017.

Sans relâche depuis 2014, ils y ont travaillé avec ardeur, passion et enthousiasme, autour de 4000 heures me disaient-ils récemment, rencontrant tous ceux qu'ils pouvaient interviewer pour leur laisser toute la place, une prise de parole signifiante et qu'ils racontent ce qu'ils ont vécu comme enfants et ce qu'ils sont devenus par la suite, ainsi que leurs descendants qui, encore aujourd'hui, retournent aux Îles régulièrement, dès qu'ils en ont la chance. C'est qu'on a besoin de retrouver nos racines, notre parenté, nos petites histoires dans la grande Histoire avec un grand H, nos paysages, nos trésors, nos très chères Îles de la Madeleine qu'on n'a jamais oubliées.

Je suis en lien avec eux depuis le début. Par courriel, par courrier postal, par téléphone, et même en personne, on s'échange des renseignements, des questions, des réponses, des photos, des bouts d'histoire, des coordonnées, des suivis, des nouvelles, etc. Je n'arrête pas de les remercier de faire ce qu'ils font puisque c'est un cadeau qu'ils nous offrent sur un plateau d'argent de faire revivre notre passé récent (cette pas pire épopée que je dis toujours!...) dont nous sommes si fiers et la transmission dont nous sommes les maillons survivants d'une chaîne qui n'est pas près de se casser ou de s'effilocher. 


L'été dernier, en août 2015, je retournais aux Îles, cette fois avec mon mari, notre fille, son mari et nos deux petites-filles. Je manque de mots pour exprimer tout ce que ce voyage signifiait pour moi. Une sorte de continuité, la transmission d'un héritage reçu que j'avais besoin de redonner à mon tour, comme un repère dans leurs vies, un phare dans la nuit, pour le jour où je ne serai plus là pour en témoigner. Nous avons fait encore un voyage merveilleux. Ils sont tous tombés en amour avec les Îles et les Madelinots. J'en étais sûre!


Pendant ce dernier séjour aux Îles, il était convenu que j'allais faire une journée de tournage avec Céline et Sylvio, en compagnie de Fred à mon oncle Will, à Havre-aux-Maisons, sur les terres où habitaient jadis mes deux parents et mes quatre grands-parents. 

J'ai un souvenir très flou de cette journée. J'étais là mais j'étais ailleurs en même temps, les deux pieds bien plantés dans ces terres entre buttes, dunes et sillons, à côté de la butte à Mounette, entre la Dune du Sud et la la Baie d'En dedans. J'avais la tête ailleurs et le coeur aussi, de l'eau salée dans mes veines, je me sentais habitée de ceux que j'ai tant aimés et qui nous ont quittés. Je puisais en dedans de moi les réponses aux questions qu'on me posait et je me souviens vaguement qu'à quelques reprises, il y a eu des silences éloquents parce que j'étais trop émue pour finir ma phrase et même si je n'avais pas de larmes qui coulaient, on a dû arrêter le tournage parce que Céline avait les yeux dans l'eau et Fred à mon oncle Will aussi. Sylvio restait très absorbé par les aspects techniques des images et du son ambiant, le vent étant aux Îles un personnage toujours présent.

Je ne me rappelle plus ce que j'ai raconté mais je sais que ça ne pouvait pas être plus vrai. 

Le film documentaire « Des Îles de la Madeleine à l'Île Nepawa » de Céline Lafrance et Sylvio Bénard, sera présenté en avant-première sur invitation dimanche le 4 septembre à l'Île Nepawa en après-midi, en présence des deux réalisateurs. J'irai là-bas avec ma mère qui a eu une invitation elle aussi parce qu'elle fait partie des personnes qui ont été interviewées et qui figurent dans ce documentaire qui nous tient beaucoup à coeur. Nous y serons réunis en compagnie de ceux et celles qui ont vécu cette histoire et qui ont pris part au tournage de ce film qu'on est certains d'aimer avant même de l'avoir vu. 

J'ignore quand et où le film sera présenté par la suite, s'ils pourront l'offrir en DVD ou s'il terminera sa carrière lorsqu'il sera acheté et diffusé sur une chaîne télé généraliste ou spécialisée. Tout ce que je peux vous dire, pour l'instant, c'est qu'il est lancé officiellement à l'Île Nepawa le 4 septembre, à La Sarre, le 5 septembre, au Mouvement social madelinot à Verdun, le 8 septembre, à Cap-aux-Meules aux Îles de la Madeleine les 18, 21 et 24 septembre. 

Le livre qui portera probablement le même titre et qui sera plus complet que le film de 72 minutes, sera publié aux éditions de La Morue verte, l'été prochain. 

dimanche 10 juillet 2016

ÊTRE MAMAN, ÇA S'APPREND!


C'était le 4 juillet dernier. Félixe nous a fait un de ses nombreux spectacles de danse, de chant et d'acrobaties pendant que son papa Dominic et sa petite soeur Blanche, avec « son bébé » sont un public charmé et attentif. 


Le lendemain, 5 juillet, Blanche prend une pause dans les bras de sa maman, Isabelle, mais même si elle est très fatiguée, elle n'abandonne jamais « son bébé »!



Là, c'est le 7 juillet, notre anniversaire à toutes les deux. On dirait que « son bébé » est greffé à son bras gauche! 


Encore là, avec « son bébé » qui ne la quitte pas, on peut quasiment dire que je suis déjà une arrière grand-mère!


Hier après-midi, après sa sieste, Blanche avait sa collation préférée, des bleuets, et elle en offrait régulièrement à « son bébé ». 

ÊTRE MAMAN, ÇA S'APPREND!

Je vais vous confier un secret... Avant d'être maman, j'avais peur de ne jamais devenir une bonne maman. D'ailleurs, ma mère m'a souvent raconté que toute petite, je ne jouais pas avec des poupées. Je m'intéressais à plein de choses mais pas aux poupées, sauf une peut-être, à laquelle j'accordais parfois un peu d'attention, une poupée noire. Ce choix de vie de mettre des enfants au monde, d'en prendre soin, de les aimer, de les aider à grandir, d'en faire des êtres capables d'aimer et d'être aimé, me semblait une responsabilité bien trop grande pour que je fasse ce choix qui n'allait pas de soi tant que ça pour moi, même si j'étais très en amour et que j'ai toujours aimé les enfants. 

J'ai eu beau réfléchir longtemps à la maternité puisque cela ne s'est produit qu'après 9 ans d'attente et d'espérance. Tous les examens s'étant avérés non concluants à la clinique de planification des naissances, on voyait bien que la médecine n'arrivait pas à expliquer pourquoi nous étions incapables de concevoir. À chaque fois que j'allais à cette clinique, et Dieu sait qu'on y va souvent, surtout quand certains examens doivent être recommencés plusieurs fois, dans la salle d'attente, les autres femmes m'abordaient spontanément en croyant que j'étais là moi aussi pour une interruption de grossesse. 

Je les laissais penser ainsi. Je ne cherchais pas à rétablir les faits. Il me semblait que dans un moment pareil, elles n'avaient pas besoin d'entendre que de concevoir un enfant pouvait être si ardu, au cas où elles remettraient en question cette difficile décision qu'elles avaient prise contre leur gré et, la plupart du temps, avec un sentiment de culpabilité qu'elles supportaient toutes seules.

Comme je ne parlais pas de moi, je recevais beaucoup de confidences de celles qui vivaient un moment de grande fragilité dans leur vie. Vous savez qu'on se confie plus facilement à des étrangers qu'à nos proches... J'ai toujours eu beaucoup de respect, d'empathie et de compréhension pour celles qui faisaient un choix différent du mien. Au fond, nous étions si proches dans notre façon de voir la maternité comme quelque chose qu'il ne fallait pas prendre à la légère. Avoir un enfant, si c'est ce qu'on veut vraiment, ça peut être la plus belle expérience de vie au monde. C'est mon cas. Mais avoir un enfant au mauvais moment, dans des conditions difficiles, pour les mauvaises raisons ou avec un piètre partenaire, ça peut avoir pour effet de rendre cet enfant malheureux ou carencé du point de vue affectif. Il n'y a pas de chance à prendre et c'est par amour pour les enfants que j'ai toujours été, que je suis encore et que je serai toujours pour le libre choix. 

Pendant ce temps-là, les années passaient, j'avançais dans la vingtaine et nous avions fait une demande d'adoption à l'international qui était en cours de cheminement lorsque le miracle s'est produit. J'étais enceinte! Tout au long de cette grossesse psychologique qu'est une demande d'adoption et l'attente qui s'en suit, je me disais que j'avais eu beaucoup d'intuition, enfant, quand j'avais eu un coup de coeur pour cette poupée noire parce que c'était peut-être mon destin d'accueillir un enfant venu d'ailleurs pour en faire le nôtre. Les autorités responsables de l'évaluation psychosociale des adoptants, à l'annonce de mon test de grossesse positif, ont fermé notre dossier d'adoption parce que la loi le voulait ainsi à l'époque  mais ils m'avaient assuré que si je ne menais pas ma grossesse à terme, ils allaient réactiver notre dossier d'adoption aussitôt, sans devoir passer à travers les procédures administratives qui prennent tant de temps.

Et puis, vous connaissez la suite, au bout d'une grossesse difficile et de plusieurs séjours à l'hôpital, j'ai accouché à terme d'une belle petite fille en santé à l'âge de 29 ans. C'est l'âge qu'a ma fille aujourd'hui...

À l'instant où elle est née, j'ai cessé de douter, ou plutôt je suis devenue plus forte que mes doutes, comme si j'étais venue au monde moi-même en même temps qu'elle. Je me suis fait confiance. La maternité est la plus belle aventure humaine qui me soit arrivée et j'en vis toujours de grands bonheurs qui sont multipliés par trois avec la présence de mes deux petites-filles. 

Je viens d'avoir 59 ans. Je fais des bilans et des constats. Comme maman et comme mamie, tout ce que je peux dire, c'est que j'ai fait de mon mieux avec tout ce que je suis et tout ce que je crois. Quand je vois ma fille et mes deux petites-filles interagir entre elles, avec moi, avec les autres et dans leur univers où elles s'épanouissent, j'aime croire qu'elles sont un miroir qui  reflète ce que j'avais en dedans de moi, qui ne paraissait pas, que j'ignorais aussi mais qui ne demandait qu'à vivre.


jeudi 23 juin 2016

SPECTACLES DE FIN D'ANNÉE


On pourrait penser qu'il s'agit de ma petite-fille, Félixe, tellement la ressemblance est frappante avec sa mère, ma fille Isabelle, à l'âge de 8 ans, en 1994, au moment du lancement de son livre, Rêveries d'enfant pour adultes, un recueil de ses textes qui avait été publié aux éditions D'ici et d'ailleurs. À l'époque, son père et moi, avons assisté à tellement de spectacles d'enfants, à l'école et ailleurs, puisque notre fille s'investissait corps et âme chaque fois qu'il était question de la scène, en musique, théâtre, littérature, danse, animation et humour. 


Cette même petite Isabelle, devenue grande et même deux fois maman, continue de s'impliquer culturellement chaque fois qu'elle en a l'occasion, et elle reconnaît bien chez sa plus vieille le même engouement pour tout ce qui touche à la scène et aux spectacles. Ici, fin mai dernier, mère et fille réunies sur la scène de l'Agora des arts, nous offraient un conte chanté, dans le cadre du Festival des guitares du monde. Nous continuons toujours,  comme parents et grands-parents, à assister à tous les spectacles. 


Le spectacle terminé, elles sont sur l'adrénaline pour un bon bout de temps et on aime à les accompagner le temps qu'elles se déposent en douceur. 


Notre tradition familiale veut qu'on leur paye la crème glacée après le show!


Quelques semaines plus tard avait lieu le spectacle de l'école à Félixe où elle interprétait une pièce au violon. Je n'ai pas pris de photo du spectacle mais on n'a pas manqué à notre tradition familiale après le show. Même Mamie s'en est payé une parce que c'est bien meilleur quand on ???? Partage!

Papi non plus n'a pas pu résister à la tradition de la crème glacée!


Deux jours plus tard, c'était le spectacle des élèves en musique de son école. Le prof de musique est tout simplement génial, il a su monter un show qui était enlevant du début à la fin. 


Notre tradition d'après spectacle s'est enrichie encore : Ce sont les autres grands-parents de la petite (Guy et Nicole sont nos grands amis) qui avaient prévu le coup en nous invitant chez eux après le show, et ils avaient pris soin d'acheter beaucoup de sortes différentes de crème glacée!


Même Blanche, surnommée « Ti-clown », était venue applaudir sa grande sœur. Après le spectacle, c'est elle qui n'en finissait plus de faire toutes sortes de sparages pour nous faire rire et se faire dire Bravo. Elle exigeait ses applaudissements elle aussi!   



SPECTACLES DE FIN D'ANNÉE

Vous souvenez-vous des spectacles de fin d'année à votre école? Pour moi, ils font partie de mes plus beaux souvenirs d'enfance. On s'organisait des mois à l'avance et plus la fin de l'année scolaire approchait, plus on avait des répétitions, plus notre participation formait un ensemble cohérent et plus on avait hâte de monter sur la scène pour livrer le spectacle d'une chanson, une pièce de théâtre, un show d'humour, une danse ou quoi que ce soit qui nous vaudrait les applaudissements d'une salle qu'on avait conquise de toute notre créativité et notre esprit d'équipe! Dans ces moments-là, j'étais partout et j'étais heureuse. À cette époque, si on était chanceux, on avait l'un de nos deux parents qui s'était déplacé pour l'occasion. 

J'ai eu la chance de revivre tout cela par procuration lorsque notre fille était enfant. Je me reconnaissais tellement dans ces bonheurs qu'elle vivait à préparer ces spectacles, les livrer à un public qui ne demandait pas mieux que d'être fier d'eux et de les applaudir. Dans les années 90, la plupart du temps, les deux parents venaient applaudir leurs enfants aux spectacles de fin d'année de l'école. 

Aujourd'hui, quand les enfants font un concert ou un spectacle de fin d'année, les gymnases de nos écoles ne sont plus suffisants. On loue des salles qui sont pleines à craquer, il y a du monde debout partout, on filme, on prend des photos, on applaudit en leur faisant des ovations debout, on demande des rappels et j'en ai même vu qui offraient des fleurs, à ces artistes en herbe! 

Il y a foule maintenant à ces spectacles. Qui y assiste? Pour chaque enfant, il y a la maman et son conjoint, le papa et sa conjointe, dans le cas des parents séparés. On ajoute les petits et grands frères et soeurs, les grands-parents des deux bords, la gardienne et ça va jusqu'aux parrains et marraines! Ça dit beaucoup sur notre époque et l'amour qu'on porte à nos tout petits, je trouve. 

Et moi, en tant que mamie, je vis encore avec autant d'enthousiasme et de fierté ces véritables fêtes qui viennent marquer la fin des classes et le début des vacances. 

En ce 23 juin, veille de la Fête nationale des Québécois, je souhaite à tous les enfants ainsi qu'aux enseignants qui les aiment et les encadrent d'une merveilleuse façon depuis septembre, un été ensoleillé et riche de mille découvertes.

Avec une crème glacée de temps en temps!

DERNIÈRE HEURE


Jeudi 23 juin, en 5 à 7, au Café-Bar l'Abstracto, à l'occasion de la Fête nationale des Québécois, les trois comédiens, Alexandre Castonguay, Isabelle Rivest et Étienne Jacques viennent de nous offrir une prestation à la fois intense, drôle, réaliste et touchante du très percutant texte La Déroute, de Dominique Champagne, qui avait été créé dans le cadre du Cabaret poétique Tout ça m'assassine, à l'automne 2011, à la Place des arts, à Montréal.

On a réfléchi, on a eu les yeux dans l'eau, on a ri, on a chanté, on a été émus et on s'est souvenu qu'on était... quelque chose comme... un grand peuple... qui ne demandait qu'à vivre... quitte à renaître.

vendredi 3 juin 2016

LA FIN D'UNE ÉPOQUE


Coucher de soleil sur la mer, au phare de l'Étang-du-Nord, Iles de la Madeleine. 

LA FIN D'UNE ÉPOQUE

Il arrive parfois que les événements de nos vies s'enchaînent l'un à la suite de l'autre de façon à ce qu'on ne puisse faire autrement que de chercher un sens à tout cela. 

Dernièrement, j'ai beaucoup côtoyé la mort. Et la fin de vie. Curieusement, je me sens plutôt sereine, aimante comme jamais, reconnaissante à la vie et remplie de gratitude pour ce qui était la fin d'une époque pour plusieurs personnes que j'aime profondément. Et que j'aimerai toujours. 

Tout d'abord, il y a eu Paulo et ensuite, Évé. Les deux meilleurs amis de mon père. Et aussi des voisins, de la parenté proche, de la parenté choisie qui nous accompagne depuis toujours. Ces hommes-là étaient des phares, comme mon père en était un également. Ils sont venus des Îles jusqu'en Abitibi sur le même bateau nous inventer ici un paradis à la mesure de nos rêves. 

J'aimerais vous parler de Paulo. Un homme sage, bon, généreux, accueillant, d'un jugement sûr, qui savait se faire aimer de tous, aimant la vie par-dessus tout. Dès notre arrivée à Rouyn-Noranda, j'étais rassurée qu'ils étaient nos voisins d'en face. Cette famille ressemblait à la nôtre, nos parents étaient de grands amis et nous aussi les enfants, on a grandi ensemble. Pas un seul Madelinot ne passait en ville sans s'arrêter chez nous ou chez eux, on faisait  de la musique dans toutes nos rencontres et quand nos parents se faisaient venir des Îles du homard frais, du hareng boucané ou tout autre produit de la mer, nous, les enfants, étions trop heureux qu'ils nous donnent quelques dollars pour qu'on aille tous ensemble manger « Chez Morasse » parce qu'on levait le nez, dans ce temps-là, sur ce qui faisait les délices de nos parents On finissait toujours par festoyer ensemble après le souper, dans les rires, la bonne humeur et la musique. Nos liens étaient tissés serré. On était du même sang, on avait de l'eau salée dans nos veines, ça se voyait et ça s'entendait. 

Quand Paulo a été admis à la Maison des soins palliatifs à la mi-mai, j'ai eu mal. J'étais branchée sur eux par le coeur. Je savais que sa femme, ses enfants, mes amis de toujours, n'allaient plus le quitter une minute, ses petits-enfants aussi. Ils allaient vivre avec lui ses derniers moments, il y aurait du beau, du bon, du  triste, de l'amour tout plein et probablement des chansons aussi. Pour avoir vécu cette période au chevet de mon père il y a 11 ans, je me souviens que dans ces moments-là, on ne dort plus, on ne mange plus, on est ailleurs, on a trop de choses à vivre et on ne veut pas passer à côté.

Me sentant impuissante, tout à la fois avec eux et loin d'eux, je me suis mise aux fourneaux et j'ai préparé un repas complet pour au moins 12 personnes. Je l'ai assaisonné de tout l'amour que je pouvais y mettre, en pensant à tous nos souvenirs, ces bons moments partagés au cours de nos vies où l'on ne s'est jamais perdus de vue. Je ne voulais pas déranger la famille, donc j'ai été porter ce repas chez Milène, la petite-fille de Paulo, la fille de nos grands amis qui veillaient leur père. Je savais qu'elle irait le soir même elle aussi rejoindre les autres de sa famille. C'était le jeudi à l'heure du souper. 

Dix minutes plus tard, j'avais un appel téléphonique de l'une d'entre eux. « Viens nous rejoindre à la Maison des soins palliatifs, on est tous ensemble, Paulo a toujours sa conscience, il ne souffre pas mais à cause de la médication, il dort beaucoup alors si tu fais vite, tu pourras le voir, lui parler, il serait content de te voir ». 

Je n'ai pas résisté à pareille invitation. Je ne me souviens pas d'avoir conduit ma voiture entre chez nous et la Maison des soins palliatifs, tellement j'étais comme une automate. Je suis entrée là comme on entre dans une église, avec respect et recueillement. Toute la famille est venue m'accueillir avec des câlins et des sourires. Paulo était dans son lit, rayonnant d'une grande sérénité lui aussi, comme tous les siens, les yeux mi-clos. 

Ils ont dit : « Paulo, c'est Francine! ». Ils m'ont fait signe de m'approcher de lui, de m'asseoir sur la chaise près du lit, à sa tête. Je lui ai touché l'épaule, le bras, la main. Il m'a souri comme à son habitude mais son sourire était plus large et généreux il me semble. Il m'a tendu sa joue, par deux fois. Je l'ai embrassé doucement les deux fois. Il a ouvert très grand ses yeux la deuxième fois. On a échangé un regard très profond, jusqu'au fond de l'âme. Il voulait me dire quelque chose, il était si faible. Il a articulé deux syllabes seulement mais je ne les oublierai jamais parce qu'elles étaient imprégnées d'un sourire et d'un regard : MER-CI. 

Les moments de silence et les échanges de regards qui ont suivi m'ont semblé être chargés d'éternité...

Puis, l'infirmière est venue, c'était le moment de lui faire ses soins de confort. Nous sommes tous sortis de la chambre comme si on marchait sur des nuages. On est tous allés dehors, sur la grande terrasse, face au lac. On était assis tous en rond, incapables de se quitter. Le soleil couchant nous enveloppait d'une douce lumière dorée, tout était calme et beau. On était portés par quelque chose de fort, de très puissant. Je dirais que c'était de l'amour, d'une sorte d'amour très nourrissant. On ne pleurait pas, on souriait. On a parlé de Paulo, bien sûr, de tout ce qui allait nous manquer chez lui, de ce qu'on avait reçu, qu'on allait essayer de garder vivant dans nos coeurs et nos mémoires.  

On m'a raconté que le repas que j'avais préparé, ils l'ont mangé au souper du vendredi soir, tous autour de la grande table devant la porte ouverte de la chambre où Paulo était alité. Chacun son tour, ils se relayaient à son chevet et retournaient à la table. Il y en avait pour bien plus que 12 personnes paraît-il. Il est même resté deux portions du gâteau au rhum qu'ils ont offert aux infirmières du quart de soir. 

Paulo est décédé quelques heures plus tard, entouré comme il l'a toujours été. Ses enfants sont venus prendre un café chez nous le lundi après-midi après avoir préparé tout ce qu'ils voulaient pour la suite des choses. Ils m'ont demandé de faire une lecture pendant le service qui aurait lieu le mercredi mais c'était un prétexte pour se revoir, je crois. Parce que cet après-midi là, tous ensemble, on a retrouvé ce qui nous avait toujours unis, une complicité, une parenté, des rires, des chansons et des souvenirs de tout ce qu'on a vécu ensemble. On a partagé les derniers moments de vie de Paulo.

Au salon funéraire, le mardi, et lors du service à l'église, le mercredi, j'ai vécu plein de choses, j'ai revu des gens que j'aime, je n'ai jamais autant reçu et autant vécu intensément que pendant cette période un peu hors du temps et de l'espace.

Deux jours plus tard, c'était Évé qui quittait ce monde. Un autre phare qui brillera dans la nuit. Une autre vie si bien remplie qui se termine dans l'amour et la sérénité. Si je ne l'ai pas vécu de la même façon tout à fait, il s'agissait encore d'une autre famille qui est tricotée à la mienne, et ce sont d'autres moments que je n'oublierai pas, une autre fin d'une époque. 

Je vais plus souvent qu'avant dans les salons funéraires et les services religieux à l'église. À travers les hommages qu'on rend à ces véritables phares, ce sont toutes les valeurs qui me sont chères que je reconnais, comme mon héritage, celui que je tente de transmettre à mon tour.

C'est le propre des gens de mon âge de fréquenter ces lieux où l'on côtoie la mort. J'y vais souvent pour la génération qui me précède mais j'y vais aussi de plus en plus pour des gens de ma génération, parents et amis. En quelque sorte, j'apprivoise la mort mais je me familiarise aussi avec la fin de vie et je viens de trouver un sens à tout cela : oui, c'est possible et même souhaitable d'être serein face à la mort, quand il y a plein de vie dedans. 

Je l'avais écrit et dit à l'église sans larme et avec le sourire lors du décès de mon père et j'en suis convaincue plus que jamais : « Nos vrais héros ne meurent jamais tout à fait » et aujourd'hui, j'ajoute « parce qu'ils ont tant semé et que c'est nous qui en récoltons les fruits ». 

lundi 23 mai 2016

D'AMOUR ET D'EAU FRAÎCHE

Si vous me lisez ici depuis un moment, vous savez déjà que Crocodile Dundee et moi, on s'est connus en 8e année, ce qu'on appelle aujourd'hui le Secondaire 1. Nous étions voisins de pupitre et probablement parce que les profs voulaient nous avoir à l'oeil, ils nous avaient placés en avant de la classe. Nous étions les deux « nouveaux », les autres avaient fait tout leur primaire ensemble. Sa famille arrivait de Ville-Marie au Témiscamingue et la mienne,  de Matagami, au Nord-du-Québec. L'amitié et la complicité furent instantanées, pour lui comme pour moi, dès 1970.

Pendant toute notre adolescence, on se croisait partout, à l'école comme ailleurs, on habitait le même quartier, on avait les mêmes amis, et chacun poursuivait sa route. Et puis un jour... mais ça, je vous l'ai déjà raconté, on a eu comme un genre de... révélation. On était amoureux! C'était le soir du 14 août 1976. On s'est mariés le 20 mai 1978. 

En fin de semaine, on célébrait donc 38 ans de mariage. Ici, le mot célébration prend un sens très très très large, vous allez voir... 


Vendredi matin, journée pédagogique à son école, Félixe avait son petit baluchon tout prêt pour nous accompagner à Rapide Deux comme elle en rêvait depuis des semaines. 


Nous deux, on était tellement contents aussi de pouvoir passer cette journée du 20 mai avec elle, en attendant que le reste de la petite famille vienne nous rejoindre samedi matin et qu'on célèbre à notre façon cet anniversaire tous ensemble. 


Plutôt qu'un repas gastronomique en tête à tête dans un grand restaurant, nos provisions étant encore congelées dans la glacière à ce moment-là, on a dû se régaler de grilled cheese au dîner mais on était full heureux quand même. 

On avait tellement d'activités à faire là-bas, à commencer par le tir à l'arc que Félixe aime de plus en plus elle aussi. 


Elle a une très bonne technique qu'elle pratique aussi souvent qu'elle le peut, ça veut dire « pas en ville ». Ce sont ses deux grands-pères qui lui apprennent les rudiments du « métier » d'archer. Je tire aussi à l'arc pour m'amuser mais je ne voudrais pas lui passer mes mauvais plis. 


Nourrir les pies avec les restes de pain, c'est un classique à Rapide Deux. Et dire que les premières fois qu'elle l'a fait, elle n'avait que 6 mois... 


Le coucher de soleil était magnifique sur la rivière pour notre anniversaire. On a vu un castor, un rat musqué, des canards, on a entendu les huards. Tout était calme.  La nature s'est faite généreuse comme à l'accoutumée. 


Le lendemain matin, on avait rendez-vous au quai de la marina à 9 h 30. Pour Blanche, c'était sa première visite à Rapide Deux à la belle saison. Elle est déjà venue l'hiver dernier, pendant la semaine de relâche. 


Retrouvailles père-fille après seulement 24 heures de séparation! 


Dix minutes en bateau et nous voilà tous les six réunis au p'tit château. 


Blanche n'apprécie pas particulièrement le bateau, ce sera quelque chose à apprivoiser avec le temps. Elle ne dit rien, ne pleure pas, ne crie pas mais elle fait ses yeux pas rassurés du tout et ne veut pas sourire. Elle cale la palette de sa casquette sur ses yeux avec conviction. On la lui remonte pour dégager son regard bleu... Elle la recale aussi vite sur ses yeux, elle aime mieux « ne pas voir ça »! Blanche, c'est notre ti-clown, celle qui nous fait rire tout le temps. Elle retrouve vite sa bonne humeur habituelle lorsqu'on débarque du bateau, qu'on lui enlève sa veste de sauvetage et sa casquette!


Notre plus beau cadeau d'anniversaire, ce sont ces zamours-là. On a de la chance de les avoir si proches de nous, si proches entre eux. 


Un petit bisou pour sceller tout ça. 


Si le projet de l'été dernier, c'était de construire un radeau, cet été, on remet ça avec la réalisation d'un tee-pee selon la méthode ancestrale de nos amis les Algonquins. Blanche est dispensée de sa participation aux travaux, trop absorbée à découvrir l'environnement de la forêt et surtout la douceur de la petite mousse verte qui la fascine.


La simplicité, c'est bien beau mais ça a ses limites. On a toujours bien pris un verre de rouge pour célébrer l'occasion lors du souper de samedi. 

D'AMOUR ET D'EAU FRAÎCHE

L'un de mes amis, voyant ces photos de la fin de semaine, m'a demandé : « Avec tout ce qui est éphémère dans nos vies, dites-nous quelle est votre recette pour l'amour qui dure, et même, écrivez un livre là-dessus! ». 

Il est hors de question d'écrire un livre de recette, ce serait tellement prétentieux. 

D'abord, il n'y a pas de recette. Et s'il y en avait une, elle ne serait efficace que pour nous.  

Et si nous écrivions un tel livre, qui c'est qui le lirait, dites-moi!

Non, sincèrement, je crois que nous avons eu de la chance. 

D'abord, de nous connaître. Que nos familles soient déménagées en même temps à Rouyn-Noranda et que la première lettre de nos noms de famille soit assez proche pour qu'on nous place dans la même classe plutôt que dans l'une des 5 autres. Disons que c'était le destin.

Et si plutôt que d'être voisins de pupitre, amis et complices, on était devenus amoureux tout de suite, à 13 ans et à 14 ans? Catastrophe! Ce n'était pas le bon moment, nous avions d'autres choses à vivre, chacun de notre côté, à cet âge-là. Même si c'était pour mieux se les raconter et en jaser pendant des heures quand on se commandait un chicken fried rice à deux, au Cordon Bleu, dans nos fins de soirées! On le savait pas encore mais on était tellement amoureux. Nos amis s'en doutaient mais pas nous. 

Je ne saurais même pas dire si au fil de ces 40 années ensemble, ce sont les épreuves qu'on a vécues ou les meilleurs moments qui ont cimenté le plus notre vie.  

Je ne peux même pas affirmer qu'on a pris soin de notre couple. Ah non, on n'a pas pris soin de notre vie amoureuse du tout. Pas assez. Pas comme on aurait pu, pas comme on aurait dû. Et pourtant, on a pris soin de beaucoup de monde. On en a pris soin ensemble. Et tout ce temps-là, nous, parce qu'on était ensemble et qu'on prenait soin de notre monde, on était toujours amoureux.

Des fois, on se dit qu'on a pris des maudites chances. On ne sait même pas encore aujourd'hui comment on a pu passer à travers de certaines périodes sans se perdre. Parce que la vie n'est pas faite pour que l'amour dure. Etre en amour, c'est quasiment vivre à contre-courant. Mais on s'est fait confiance. Et on n'a jamais eu à le regretter. 

On se dit aussi qu'avec notre goût de liberté qui était si fort, c'était étonnant et audacieux qu'on prenne un engagement à vie fidèle et fiable qui ne nous a jamais restreints, ni l'un ni l'autre, dans tous les aspects de notre vie personnelle qui se conjuguait sans trop de difficulté avec notre vie ensemble. 

Mais sans avoir une vraie recette, je peux quand même nommer quelques ingrédients de base qu'on avait au départ : du respect, de la communication, de l'écoute, de la confiance, de la solidarité, de l'amitié, de l'humour, de l'admiration, de la générosité, qui sont un peu comme des composantes de l'amour. 

mardi 17 mai 2016

La vie de château


Après l'hiver qui nous a paru si long et ce printemps qui n'en finit plus de s'étirer paresseusement, on avait tellement hâte que toute la glace soit partie jusqu'au fond de la baie pour qu'on puisse enfin se rendre en bateau jusqu'au p'tit château. Je sais, ça fait prétentieux d'appeler ce campe « le p'tit château » mais il ne faut pas prendre cette appellation au premier degré. Il y a toute une histoire derrière cette expression trompeuse, je vous la raconterai peut-être un jour mais pour tout de suite, je vous y emmène passer la fin de semaine avec nous! 


Vendredi en début d'après-midi, il nous est apparu au détour du dernier méandre. 


La glace avait libéré le bras de la rivière mais ça ne faisait pas longtemps, on en voit encore les derniers vestiges. 


Une fois le bateau bien attaché au quai, on a toute la fin de semaine devant nous et malgré qu'on nous annonce toutes sortes de températures pas très agréables en cette saison, on ne voudrait pas être ailleurs qu'ici et maintenant. On va prendre des nouvelles de la forêt, de la faune et de la flore et puis, il y a tant à faire ici que la fin de semaine va être encore trop vite passée. 


Mais commençons par goûter le calme et la paix qui nous envahissent en ce vendredi 13 qui signifie la chance plus que jamais. 


Il y a mon Ti-Coq qui vient m'accueillir peu après mon arrivée, l'air de dire : « Bon ben te v'là, toi, c'est pas trop tôt! »


Même Crocodile Dundee n'en revient pas du comportement de ce tétras mâle. On sait bien qu'il est en pleine saison des amours mais il n'agit pas du tout de la même manière avec lui qu'avec moi. 


Il traite Crocodile Dundee comme un rival, il défend son territoire, il l'affronte, se montre arrogant et gonflé d'orgueil alors qu'avec moi, au contraire, il virevolte tout excité, il déploie tout son arsenal de charme. 


C'est ainsi qu'il vient se poser sur une branche près de moi pendant de longues minutes où il se laissera admirer et photographier tant que je veux. Et aussitôt que Crocodile Dundee s'approche, il s'envole plus loin, complètement furieux!!! Bon joueur et n'ayant pas peur de la compétition, Crocodile Dundee décide de nous laisser seuls, en tête à tête, pour aller voir comment « ses » petits castors avaient survécu ces deux dernières semaines. 


Crocodile Dundee était tellement content de les revoir, ses deux petits castors, qui ont survécu à l'hiver! C'est que l'automne dernier, il avait craint pour leur survie en voyant la trop petite quantité d'amas qu'ils avaient sauvegardée pour la froide saison. Tout au long de ce dur hiver, il leur plaçait des petites branches de trembles près de l'entrée de leur cabane et il l'a fait régulièrement. Chaque fois qu'il y retournait, la réserve était presque épuisée, ce qui était un bon signe. Il y avait de la vie là-dedans. Crédit photo : Gilles Rivest. 


C'est comme quand on se rend compte que les petits sont rendus autonomes et qu'ils vont se débrouiller sans nous! Quelle fierté! Crocodile Dundee a fait deux vidéos où l'on voit les deux petits castors pleins de vie et en bonne santé mais il a aussi pris des photos. Vous savez comment on est avec nos enfants, hein? On passe notre temps à les poser! Crédit photo : Gilles Rivest. 


On nous l'avait pourtant annoncé d'avance mais on s'en fichait un peu, on le croyait pas. C'était pourtant vrai : dimanche matin, on s'est réveillé avec un tapis de neige au sol... Crédit photo : Gilles Rivest

La vie de château 

Samedi a été pluvieux et gris. Qu'à cela ne tienne, ça nous arrangeait un peu. Crocodile Dundee avait tant à faire dehors malgré la pluie et moi, j'avais tout ce qu'il fallait pour me lancer à corps perdu dans le grand ménage du p'tit château : le baril d'eau de pluie plein à ras bord tout le temps, la chaleur douce et réconfortante du poêle à bois et des petites bûches en masse pour la faire bouillir, la radio de Ici Radio-Canada Première pour me sentir à la fois si proche et si loin du monde. J'étais la reine du p'tit château et Crocodile Dundee, le roi. 

C'est fou, les idées incongrues qui me sont venues à l'esprit quand je m'affairais à la tâche en écoutant les actualités de la fin de semaine à la radio. Pendant que tout le Québec avait l'air de considérer la liberté d'expression des humoristes comme la chose la plus importante au monde, on se mobilisait, on s'insurgeait, on se scandalisait, on faisait des gorges chaudes à propos de ce qui me semblait être des détails de régie interne qu'on transportait sur la place publique, moi, j'étais là à me demander comment il se faisait qu'on laissait depuis des années nos politiciens bousiller complètement notre système public de santé et de l'éducation sans réagir. Décidément, je ne comprends plus la société dans laquelle je vis. Quand je suis au p'tit château, c'est ce qui me frappe de plein fouet : comment en suis-je venue à ne plus me reconnaître dans les préoccupations de la population de ce Québec que j'aime tant? 

Faudra-t-il mettre en scène une téléréalité qui nous montre chaque semaine les cas les plus flamboyants, les plus révoltants, les plus pathétiques, pour que le monde se décide à s'intéresser, à réagir, à se mobiliser et à intervenir, face à des enjeux sociaux et politiques qui nous concernent tous?